Dans quelle mesure ma ville est-elle favorable au vélo ? Les transports publics sont-ils bons ? Qu’en est-il de la pollution sonore pour les résidents? Un nouveau site web développé dans le cadre du projet Interreg SuMo-Rhine fournit des informations sur ces aspects et bien d’autres liés la mobilité durable dans 36 communes de la région du Rhin supérieur.

Une mobilité qui porte le moins possible atteinte à l’environnement, est abordable, répond aux exigences sociales comme par exemple l’accessibilité pour tous et qui est économiquement viable – c’est ainsi que les scientifiques impliqués dans le projet Interreg SuMo-Rhine définissent la mobilité durable. « Nous nous référons à la définition de la durabilité des Nations unies, qui, outre la dimension écologique, intègre également une dimension sociale et une dimension économique dans la notion », explique Nora Baumgartner, coordinatrice du projet SuMo-Rhine à l’Institut franco-allemand de recherche sur l’environnement du Karlsruher Institut für Technologie.

Depuis mi-2018, des scientifiques des universités allemandes et françaises d’Eucor collaborent avec l’université de Coblence-Landau, la ville de Lörrach et l’école d’architecture ENSAS de Strasbourg sur la question de savoir comment mesurer et évaluer la mobilité durable et comment les municipalités peuvent en tirer des conclusions en vue d’une offre de mobilité plus durable. « La coopération avec les partenaires de la pratique a été un élément central de notre projet Interreg. Nous avons régulièrement demandé où étaient les besoins et ce qui était à la fois pertinent et réalisable dans la pratique », indique Nora Baumgartner.

Un des résultats de ce projet, qui arrive désormais à son terme, est le site web KINaMO (« kommunales Informationssystem für nachhaltige Mobilität », soit « système d’information municipal pour la mobilité durable »). KINaMO permet aux responsables des villes et des communes, mais aussi aux citoyennes et citoyens, de s’informer sur la mobilité durable au niveau local et également de l’évaluer par comparaison avec d’autres municipalités. Sur la base d’un système d’indicateurs très complet, divers aspects tels que l’accessibilité pour les piétons, les émissions ou l’exploitation de l’espace des municipalités sont présentés, avec au final la possibilité de comparer également au niveau transfrontalier.

« On peut sélectionner une ville et consulter individuellement les indicateurs, chacun d’entre eux étant décomposé en chiffres clés. Par exemple, l’indicateur « transports publics » se compose du nombre d’arrêts et du temps de circulation ainsi que de cinq autres chiffres clés. De cette manière, on peut découvrir le système de mobilité local et, en même temps, le comparer avec d’autres dans la région. »

Ce système d’indicateurs n’a pas été développé uniquement pour le site web. Nora Baumgartner explique comment il a aussi été appliqué dans le cadre de mesures concrètes prévues dans le projet. « Nous avons choisi comme étude de cas l’extension transfrontalière de la ligne de tram numéro 3 de Bâle à Saint-Louis. À long terme, notre travail devrait également toucher la population de manière très concrète en venant soutenir les concepts de mobilité municipaux. »

Pour consulter le site KINaMO.

À l’occasion d’une summer school de quatre jours, les doctorantes et doctorants du programme QUSTEC se sont réunis du 14 au 17 septembre 2021 dans la ville suisse d’Engelberg pour un mélange d’échanges scientifiques, d’exposés et de socialisation dans un cadre montagneux à couper le souffle. Organisé par l’université de Bâle en coopération avec IBM Research – Zurich, l’événement a permis à quelque 60 chercheurs venus d’Allemagne, de France et de Suisse de se rassembler dans le cadre du projet QUSTEC.

Carlo Ciaccia, Daniel Miller et Grazia Raciti effectuent leur doctorat à Bâle et font partie de l’équipe en charge de l’organisation de cette summer school.

M. Ciaccia, après tant de visioconférences, quel effet cela fait-il de rencontrer enfin les autres doctorants du programme QUSTEC ?

Carlo Ciaccia (Université de Bâle) : C’était vraiment agréable, non seulement parce que c’était une des premières rencontres en personne après une longue période de restrictions, mais aussi parce que j’étais vraiment curieux de rencontrer enfin les autres doctorants du programme QUSTEC en personne.

Mme Raciti, quelle partie de la summer school vous a le plus plu ?

Grazia Raciti (Université de Bâle) : La partie que j’ai le plus appréciée, c’est la session d’affichage de posters. Je n’avais jamais présenté de poster avant cette summer school et j’ai trouvé cette expérience productive tant sur le plan scientifique que social. Un autre aspect que j’ai apprécié a été la possibilité d’interagir avec les professeurs. Nous avons pour habitude de lire des papiers scientifiques au sujet de notre projet et j’ai trouvé incroyable la possibilité de parler avec les auteurs de ces articles pendant un déjeuner par exemple.

M. Ciaccia, M. Miller, vous avez fait partie de l’équipe d’organisation. Quels conseils avez-vous à donner à l’équipe d’organisation de la prochaine summer school ?

Carlo Ciaccia (Université de Bâle) : Vers la fin, j’ai remarqué que les participants n’étaient pas impliqués de façon très active. La plupart du temps, nous étions assis dans la salle de conférence à écouter des interventions qui, aussi intéressantes soient-elles, ne nécessitaient pas beaucoup d’action de notre part, en dehors peut-être de poser des questions. En guise de conseil pour l’équipe d’organisation de la prochaine édition, je l’encouragerais à impliquer davantage les participants. À accorder une plus grande place à leurs exposés ainsi qu’aux activités de groupe. Ceci étant dit, organiser et participer à cette summer school a été une des parties les plus agréables de mon doctorat jusqu’ici.

Daniel Miller (IBM/Université de Bâle) : Faites ce que vous pensez être le mieux.


Au sujet de QUSTEC

QUSTEC est un programme de formation doctorale mis en place par le groupement européen de coopération territoriale (GECT) Eucor – Le Campus européen qui offre à 37 scientifiques en début de carrière des opportunités de formation exceptionnelles dans le domaine des sciences et technologies quantiques, dans un cadre hautement international, interdisciplinaire et intersectoriel. Chaque projet a une durée de 48 mois avec à la clé l’octroi d’un diplôme de doctorat.

Pour plus d’informations : www.eucor-uni.org/qustec/

Nouveau cursus en partenariat entre Fribourg et Strasbourg.

Intégrer la recherche théologique dans les études – tel est le cœur du nouveau diplôme supérieur de théologie catholique, formation qui ouvrira ses portes à la rentrée 2021/2022 au sein des universités de Fribourg-en-Brisgau et de Strasbourg.

« Ce cursus permet de faire l’expérience d’une pensée globale de façon très concrète grâce aux professeurs, au contenu des cours et aux étudiants de nationalités diverses », indique Mirjam Schambeck, franciscaine et doyenne de la faculté de théologie de l’université de Fribourg. Grâce aux connexions de l’université de Strasbourg, notamment avec des universités africaines, le diplôme est tourné vers l’international et offre aux étudiants la possibilité de découvrir et d’approfondir la théologie dans un horizon global.

« La licentia docendi, diplôme canonique, est une particularité de la théologie catholique et permet aux étudiants, à l’issue de leurs études, de s’engager plus profondément dans la recherche théologique », explique pour sa part Philippe Vallin, professeur et directeur du diplôme supérieur de théologie catholique (DSTC) du côté de l’université de Strasbourg. Ce diplôme qualifie les étudiants pour enseigner dans un séminaire ou dans un établissement de formation équivalent et sert également de préparation à un doctorat.

Les étudiants acquièrent des connaissances et des compétences théologiques spécifiques tout en tenant compte de l’orientation individuelle de leur propre travail de recherche. Ils peuvent choisir entre plusieurs spécialisations : études bibliques, histoire de l’Église, théologie systématique, éthique et théologie pratique.

Les étudiants commencent leur cursus transfrontalier dans leur université d’origine respective et font un choix entre deux options de mobilité. Soit ils rejoignent l’université partenaire à compter du troisième semestre, soit ils passent uniquement un semestre dans l’établissement partenaire, à savoir le troisième semestre pour les étudiants de l’université de Fribourg ou le deuxième semestre pour les étudiants de l’université de Strasbourg.

Les langues d’enseignement sont l’allemand, le français et l’anglais. Pour être admis au sein du cursus, il faut notamment disposer d’un diplôme universitaire validé en théologie. Côté allemand, les candidatures pour la rentrée 2021/22 peuvent encore être soumises jusqu’au 15 septembre 2021.

Pour plus d’informations sur les sites web de l’Université de Fribourg et l’Université de Strasbourg.

Tirer parti des forces communes et regrouper les compétences : tel est l’objectif dans les axes stratégiques prioritaires d’Eucor – Le Campus européen, quatre domaines au sein desquels les universités membres coopèrent de façon particulièrement étroite. Un de ces domaines se nomme « Développement durable ».

La dénomination « Développement durable » de l’axe stratégique prioritaire d’Eucor ne donne pas dans la modestie. Volontairement formulée de façon généraliste, il s’agit d’englober la coopération interdisciplinaire et multidisciplinaire des universités membres d’Eucor sur les questions liées au développement durable. « La conception de l’axe prioritaire d’Eucor s’appuie sur l’Agenda 2030 des Nations Unies pour le développement durable », explique Sofia Ganter. Interlocutrice dédiée pour l’axe prioritaire d’Eucor, elle travaille au département stratégie de l’université de Fribourg-en-Brisgau, où est coordonné ledit axe. « Il ne s’agit pas que des activités de recherche conjointes portant sur les aspects écologiques. Les objectifs de l’Agenda 2030 prennent en compte les questions environnementales, mais aussi sociales et économiques. »

Outre les champs d’action classiques des universités, à savoir la recherche, l’enseignement et le transfert, Sofia Ganter s’est également penchée sur les domaines de l’infrastructure, de la gouvernance et de l’engagement social pour y déceler un potentiel en matière de coopération transfrontalière. « C’est en particulier dans le domaine de l’engagement que le développement durable se distingue des autres axes stratégiques d’Eucor. Nous avons de vastes mouvements étudiants qui s’attèlent à ce sujet d’avenir. Cela pose la question de la mise en réseau et de la manière dont nous pouvons les intégrer dans les formats existants et futurs. »

Une analyse de site et de potentiel a constitué la base pour déterminer les axes prioritaires du plan stratégique d’Eucor pour les années 2019-2023. Ladite étude a clairement montré que le développement durable était un sujet central dans les cinq universités membres du groupement Eucor – Le Campus européen. Dans le domaine de la recherche, il existe déjà de nombreux projets en coopération regroupés sous la bannière du pôle de recherche en développement durable du Rhin supérieur (« Upper Rhine Cluster for Sustainability Research »). Cela inclut par exemple des projets sur l’approvisionnement énergétique régional (RES-TMO), la mobilité durable (SuMo-Rhine) ou les apports de biocides dans les eaux souterraines (NAVEBGO).

Sofia Ganter travaille sur cet axe stratégique depuis fin 2020. La première phase de son travail a été consacrée à l’analyse, maintenant débute la mise en réseau concrète. Dans le domaine du transfert, le marché des sciences de Fribourg-en-Brisgau a déjà permis de présenter l’axe à un large public. Dans le domaine de la formation, Sofia Ganter prévoit, avec des collègues des autres universités membres d’Eucor, d’introduire dans le cadre d’un projet pilote un certificat de développement durable que les étudiants pourront obtenir s’ils se penchent pendant leurs études et en marge de leur cursus sur des sujets liés au développement durable. « Afin d’initier de nouvelles collaborations en matière de recherche, nous prévoyons un atelier exploratoire en novembre, lequel réunira les scientifiques intéressés de toutes les universités membres. Nous avons constaté que des recherches portant sur les niveaux régional et urbain très approfondies sont menées dans les universités membres, mais que celles-ci ne sont pas encore suffisamment connectées entre elles. C’est pourquoi nous avons choisi le titre « Transformative Cities » pour notre atelier », explique-t-elle. D’autres idées sont dans les tuyaux : un slam scientifique centré sur le développement durable ainsi qu’un « Sustainability Forum » prenant la forme d’un conseil ou d’un groupe de travail réunissant différents membres des universités membres et accompagnant le développement de l’axe stratégique.

Sofia Ganter se réjouit à l’idée du travail qui l’attend. « Je ne veux pas seulement rédiger des concepts et faire des recherches, même si c’est passionnant. Je veux faire quelque chose. Il y a tellement de personnes motivées autour de ce sujet dans l’espace Eucor, nous pouvons apprendre beaucoup les uns des autres et générer une véritable valeur ajoutée. »

Axes stratégiques prioritaires

L’étudiant strasbourgeois Pedro Lopes est dans sa dernière année de licence en sciences de la vie. Il se rend tous les jours à Fribourg-en-Brisgau dans un laboratoire de biologie cellulaire pour un stage. Nous l’avons rencontré et échangé sur sa mobilité dans le cadre d’Eucor – Le Campus européen.

M. Lopes, pourquoi est-ce que vous faites votre stage à Fribourg-en-Brisgau ?
Lopes : Je voulais avoir une expérience internationale pendant ma licence. Être en France, c’est pour moi déjà un séjour à l’étranger parce que je suis originaire du Brésil. Mais je voulais avoir encore une autre expérience internationale et avoir aussi la possibilité de travailler en anglais, car je pense que c’est essentiel dans le monde scientifique. Dans ma faculté, celle des sciences de la vie, à Strasbourg, Joern Pütz organise tous les ans une conférence en anglais avec un professeur de l’université de Fribourg-en-Brisgau, Winfried Römer. Nous sommes entrés en contact et aujourd’hui, je fais mon stage dans son laboratoire.
J’ai choisi Fribourg à cause de la proximité de Strasbourg. J’habite à Strasbourg et je fais des allers-retours tous les jours, ce qui est très pratique pour moi. Je peux profiter de la ville de Fribourg, faire des choses avec mes amis ici, mais je peux quand même rentrer chez moi, rester dans mon logement et me sentir chez moi.

Est-ce que la crise sanitaire a eu un impact sur votre décision de faire une mobilité ?
Mon but, c’était de faire un stage, surtout à cause du Covid. Je ne voulais pas avoir encore un semestre en distanciel, mais faire une expérience pratique. Je voulais également écrire une « bachelor thesis », ce qui ne se fait pas en France, mais en Allemagne, oui. Ainsi, je combine mon expérience internationale avec mon premier vrai travail scientifique.

Sur quoi travaillez-vous exactement dans le laboratoire ?
C’est un laboratoire de biologie cellulaire. Nous travaillons sur différents types de cellules. Mais nous avons un thème commun, nous étudions une molécule dans ce laboratoire, qui s’appelle Gb3. J’étudie une maladie génétique très rare, appelé maladie de Fabry. Dans cette maladie, cette molécule que nous étudions s’accumule dans l’organisme et dans les cellules. Cela entraine des pathologies et des dysfonctions dans l’organisme. J’étudie donc cette accumulation de cette molécule dans la cellule et comment cela altère la composition cellulaire, la structure cellulaire et d’autres aspects.

En résumé, comment évaluez-vous votre mobilité Eucor ?
La mobilité Eucor, c’est une heure de trajet et la culture change complètement, les gens changent complètement, la langue change, même l’ambiance dans le laboratoire est complètement différente en France et en Allemagne. C’est super ici, c’est super là-bas, je ne pense pas qu’un cadre est meilleur que l’autre. Les gens veulent partir loin, mais je pense qu’il est parfois aussi intéressant de faire connaissance de ce qui est proche de nous. C’est ma façon de découvrir la région. Rester chez soi et faire un stage dans un autre pays, c’est une chose qui n’est possible qu’ici.

Dans plusieurs axes stratégiques prioritaires, Eucor – Le Campus européen collabore de façon particulièrement étroite. Un de ces axes se nomme « Médecine personnalisée – médecine de précision ». Christophe Schneble est chef de projet Personalised Health à l’université de Bâle et interlocuteur pour l’axe stratégique prioritaire d’Eucor.

M. Schneble, qu’est-ce que la médecine personnalisée ?
Schneble : La médecine personnalisée englobe les mesures diagnostiques, préventives et thérapeutiques qui sont adaptées de manière optimale à un individu, ont le meilleur effet possible et le moins d’effets secondaires possibles pour un patient donné. Mais l’accent n’est pas seulement mis sur les patients, les individus en bonne santé et donc l’aspect prévention sont aussi concernés. Les « données de santé » jouent un rôle important dans la médecine personnalisée ; cela va des données d’examen classiques (par exemple, pression artérielle, valeurs de laboratoire, électrocardiogrammes, radiographies) aux informations sur la condition générale en passant par les données fournis par dee capteurs et les données liées à l’environnement de vie (qualité de l’air et de l’eau, tabagisme passif, exposition à des substances nocives).

Quel est l’avantage de la coopération transfrontalière dans ce domaine ?
Les défis d’aujourd’hui exigent une coopération accrue. La pandémie de Covid l’a clairement montré : si nous voulons agir rapidement, si nous voulons exploiter les capacités et optimiser les ressources, la coopération entre les pays en matière de médecine est extrêmement importante. Et elle le sera de plus en plus si on tient compte de la démographie et de l’augmentation des besoins en soins qui en découle. La pandémie a également montré que la coopération internationale en matière de recherche peut réagir rapidement et efficacement. Dans le Rhin supérieur, nous disposons d’un écosystème unique dans le secteur de la santé : les sciences de la vie sont très fortes dans les universités Eucor, nous avons trois hôpitaux universitaires et de nombreuses coopérations de recherche existantes, à l’image de l’Upper Rhine Immunology Group, coopérations qui sont souvent initiées de façon ascendante, c’est-à-dire lancées par les chercheurs. En outre, le dispositif Seed Money constitue un bon instrument pour soutenir activement ces collaborations transfrontalières.

Vous êtes interlocuteur pour cet axe stratégique depuis mai. Quels sont vos premiers projets ?
Je travaille actuellement de manière intensive sur un projet appelé Clinnova, qui est à l’origine une initiative luxembourgeoise. Il s’agit de constituer un « Health Data Cloud » européen. Dans le domaine des données de santé, des initiatives diverses sont aussi lancées par de grands acteurs internationaux tels que Google. En Europe, cependant, nous avons d’autres exigences éthiques et juridiques qu’aux États-Unis. Nous avons donc besoin d’une solution européenne, bâtie sur de bons standards éthiques pour le traitement des données. Concrètement, il s’agit non seulement de données de recherche mais aussi de données de patients qui sont transférées de l’hôpital à des équipes de recherche. Les chercheurs analysent ces données, y compris à l’aide de l’intelligence artificielle, puis transmettent rapidement les résultats à l’hôpital et au patient. Ainsi, les médicaments, les thérapies ou les aides à la vie quotidienne les plus adaptés au patient doivent être mis rapidement à la disposition des hôpitaux. Les universités allemandes et françaises membres d’Eucor sont déjà impliquées dans le projet par l’intermédiaire de la région Grand Est et du Bade-Wurtemberg, la participation de Bâle devrait suivre prochainement.

Sur la personne :
Christophe Olivier Schneble est titulaire d’un doctorat sur les enjeux juridiques et éthiques du Big Data. Avant son doctorat, il a longtemps travaillé comme développeur de logiciels dans le secteur de la santé et a été coordinateur du département des sciences de la Terre de l’École polytechnique fédérale de Zurich, où il était également membre de la commission stratégique. Depuis le 1er mai 2021, il est chef de projet Personalised Health à l’université de Bâle et s’occupe de l’axe stratégique prioritaire d’Eucor. De langue maternelle française et allemande, la coopération dans la région du Rhin supérieur lui tient très à cœur.

Axes stratégiques prioritaires

Les enseignants et chercheurs des cinq universités membres d’Eucor peuvent à nouveau déposer leurs demandes de financement – un exemple dans le domaine de la formation.

Sitta von Reden, historienne de l’université de Fribourg-en-Brisgau, a dirigé le projet dans le domaine de la formation « Connecting – Editing – Programming – Learning (CEPL): sowing the seeds for joint teaching and research in digital papyrology, philology and ancient history in the European Campus ». Des étudiants de Fribourg-en-Brisgau, Strasbourg et Bâle ont été initiés à la lecture, à l’édition et à la publication numérique de papyrus grecs provenant de l’Égypte ancienne, le tout en s’appuyant sur un format d’enseignement virtuel novateur à l’époque du projet. Eucor – Le Campus européen a soutenu ce projet dans la catégorie « Formation » du dispositif de financement Seed Money. Sarah Nieber a échangé avec Mme von Reden au sujet de son projet.

Mme von Reden, pourquoi avoir conçu ce projet sur une base transfrontalière ?
Sitta von Reden : Nous avons à Fribourg-en-Brisgau une collection de papyrus dont personne n’a su où elle se trouvait pendant longtemps après qu’elle ait été déplacée lors de la rénovation de la bibliothèque universitaire. Lorsqu’elle a été retrouvée bien emballée dans une pièce annexe du bunker nucléaire sous le KG II, il est rapidement apparu que cette collection, bien que petite, avait encore beaucoup de potentiel pour la recherche et la formation. La région du Rhin supérieur offre un excellent environnement de recherche pour la papyrologie et l’histoire de l’Égypte ancienne. Le contact a donc été rapidement pris avec mon collègue de l’université de Strasbourg, Paul Heilporn. Il est spécialiste en papyrologie et y dirige l’Institut de papyrologie. Il a examiné la collection de Fribourg-en-Brisgau avec un grand intérêt. Il est rapidement apparu évident que nous devions lancer un projet de formation transfrontalier dont elle ferait l’objet. Nous voulions en outre intégrer l’expertise de Bâle dans le domaine de la numérisation des manuscrits historiques et avons été très heureux de la participation de Sabine Hübner, professeure de l’université de Bâle. Ensemble, nous avons déposé une demande de financement Seed Money auprès d’Eucor – Le Campus européen.

Comment avez-vous utilisé l’argent ?
Avec cet argent, nous avons pu engager un coordinateur scientifique, François Gerardin, en provenance de l’université de Yale. Il a mis en œuvre le format d’enseignement hybride avec de nombreux experts du monde entier : un tiers du semestre s’est construit autour d’un enseignement présentiel (avant la pandémie) et de travaux sur le projet, deux tiers ont eu lieu sous forme de webinaires. De cette manière, nous avons pu tenir compte au mieux des différents calendriers universitaires dans les établissements impliqués et proposer des contenus d’enseignement en fonction. Dans tous les cas, les travaux notés ont été soumis par les étudiants à leur université respective. Tous les participants ont pris en charge scientifiquement un des fragments papyrologiques avant de le soumettre à une revue pour une publication numérique.

Comment les choses se présentent-elles après le financement Seed Money ?
Avec le recul, je ne peux évaluer le séminaire que positivement : peu d’efforts dans le processus de soumission du projet, beaucoup de plaisir dans le travail et beaucoup de succès ! Nous souhaitons vraiment répéter et développer davantage le projet. En ce qui concerne Fribourg-en-Brisgau, nous avons acquis une très bonne connaissance de notre collection papyrologique, dont tous les étudiants des cours d’histoire peuvent désormais également bénéficier. Enfin, nous avons acquis une grande expérience de l’enseignement numérique avant même la pandémie. Tout particulièrement dans les très petites disciplines, la coopération entre universités est une perspective importante.

Les enseignants et chercheurs des universités membres d’Eucor – Le Campus européen peuvent à nouveau proposer leurs projets transfrontaliers dans le cadre de Seed Money, et ce, jusqu’au 30 septembre 2021. La condition préalable est qu’au moins deux universités de deux pays soient impliquées dans le projet. L’objectif est de fournir un financement d’amorçage à de nouveaux projets qui contribuent au développement d’Eucor – Le Campus européen et à la mise en réseau scientifique. Les demandes peuvent être déposées dans la catégorie « Formation » ou bien dans la catégorie « Recherche et innovation ». En tout, 300 000 euros sont disponibles pour cet appel, sachant que le financement maximal pour un projet est de 60 000 euros et que la durée maximale du projet est de 24 mois.
Demande de financement Seed Money

La rectrice de l’université de Bâle et son représentant, Thomas Hirth, à la tête du groupement universitaire trinational pour trois ans.

Le 9 juin 2021, l’Assemblée d’Eucor – Le Campus européen, composée des directions des universités membres, a élu Andrea Schenker-Wicki, rectrice de l’université de Bâle, à la présidence du groupement Eucor – Le Campus européen. Thomas Hirth, vice-président en charge de l’innovation et des affaires internationales du Karlsruher Institut für Technologie (KIT), a pour sa part été élu représentant de la présidence. Conformément aux statuts, la durée des deux mandats est de trois ans.

Elle-même représentante de la présidence depuis mai 2016, Andrea Schenker-Wicki occupait la présidence d’Eucor – Le Campus européen à titre intérimaire depuis octobre 2020 et le départ du président Hans-Jochen Schiewer. Au cours de son mandat, elle souhaite renforcer le groupement au travers de projets concrets : « Les universités du Rhin supérieur ont un grand potentiel dont nous voulons davantage tirer parti en réseau. Cela s’applique particulièrement à notre axe stratégique prioritaire dans la médecine personnalisée, au sein duquel nous souhaitons établir un pôle de recherche et d’innovation dynamique et disposant de connections à l’international. »

Après ses études à l’École polytechnique fédérale de Zurich, à l’université de Zurich et son doctorat à l’université de Fribourg (Suisse), Mme Schenker-Wicki a obtenu son habilitation à l’université de Saint-Gall en 1996. De 2001 à 2015, elle a enseigné la gestion d’entreprise à l’université de Zurich, où elle a également été vice-rectrice en charge du droit et de l’économie de 2012 à 2014. Elle est depuis août 2015 rectrice de l’université de Bâle.

Thomas Hirth fait partie des instances d’Eucor – Le Campus européen depuis 2016. Il souhaite en particulier mettre l’accent sur la promotion transfrontalière de l’innovation et du transfert : « C’est dans la coopération de la science, du monde économique et de la société que réside la clé pour rendre le groupement Eucor encore plus innovant, durable et compétitif dans le cadre de la Région métropolitaine trinationale du Rhin supérieur (RMT). »

Thomas Hirth a étudié et obtenu un doctorat en chimie à l’université de Karlsruhe, devenue depuis le KIT. En 2007, il a pris la direction de l’Institut Fraunhofer d’ingénierie interfaciale et de biotechnologie IGB à Stuttgart. Il a été titulaire d’une chaire à l’université de Stuttgart de 2008 à 2016 et a été de 2012 à 2015 vice-doyen de la faculté d’ingénierie énergétique, des procédés et de bio-ingénierie. Il est depuis janvier 2016 vice-président en charge de l’innovation et des affaires internationales au Karlsruher Institut für Technologie.

Pour Daniel Miller, tout a commencé par son amour des mathématiques pures et en particulier de l’algèbre linéaire. S’intéresser à la théorie de l’information quantique était une conséquence logique puisque, contrairement à d’autres domaines de la physique théorique, celui-ci fait une large place à l’algèbre linéaire plutôt qu’au calcul ou à d’autres sous-disciplines mathématiques.

Miller a commencé très tôt à s’intéresser à la théorie de l’information quantique. Alors qu’il étudiait encore la physique et les mathématiques à l’université Heinrich Heine de Düsseldorf, il a cosigné cinq articles scientifiques. Il était toutefois loin de se douter à l’époque que cette voie le mènerait tout droit vers l’un des endroits les plus passionnants pour la recherche industrielle sur l’information quantique, avec des résultats tangibles qui vont bien au-delà du laboratoire de recherche. Aujourd’hui, chez IBM Research, Daniel Miller contribue à façonner l’avenir de l’informatique, dont les ordinateurs quantiques sont amenés à constituer l’une des composantes fondamentales.

Dans ses publications en tant qu’étudiant, Daniel Miller a exploré des dispositifs tels que les répéteurs quantiques, qui pourraient aider à construire un futur internet quantique en compensant la perte de photons sur de longues distances dans les réseaux quantiques. Il s’est également penché sur l’importante question de la correction d’erreurs quantiques, une condition préalable à l’objectif à long terme de construire un ordinateur quantique universel réellement utile. Les recherches de D. Miller sur la correction d’erreurs quantiques ont déjà été utilisées dans la première démonstration d’un code de correction d’erreurs quantiques complet. Il s’est même aventuré dans le domaine de la cryptographie quantique, qui traite de l’utilisation des photons pour sécuriser les communications.

Après avoir obtenu ses deux diplômes de master, Miller était à la recherche de projets de doctorat susceptibles de l’inspirer. Il a rapidement trouvé une proposition correspondant à ses intérêts et à ses compétences dans le groupe de technologie quantique du laboratoire d’IBM Research Europe à Rüschlikon, près de Zurich. Son poste fait partie du programme QUSTEC, qui met en relation de jeunes chercheurs dans les sciences quantiques des universités de Bâle, Fribourg-en-Brisgau, et Strasbourg ainsi que du Karlsruher Institut für Technologie, de l’Institut Walther Meissner près de Munich et d’IBM Research.

« IBM Research est très réputé dans la communauté de l’informatique quantique. Avec ma formation en théorie de l’information quantique, IBM Research à Zurich est le meilleur endroit en Europe pour faire mon doctorat. J’espère élargir mon expertise à la chimie quantique et aux qubits à spin à trous dans les points quantiques en silicium », commente Miller.

En s’attaquant au domaine de la chimie quantique, Daniel Miller est excité à l’idée de contribuer à la résolution de certains des plus grands défis des algorithmes quantiques. « Il existe deux Graals en chimie quantique qui pourraient être atteints grâce aux ordinateurs quantiques. Le premier consiste à mettre au point un catalyseur pour la synthèse de l’ammoniac en simulant le centre actif de l’enzyme nitrogénase, qui résout ce problème chez les plantes. Le second Graal est la supraconductivité à température ambiante ».

Outre sa nouvelle aventure avec la chimie quantique, Miller profite de son doctorat pour explorer de nouvelles voies du côté matériel de l’informatique quantique. Il se concentre sur les qubits de spin à trous dans les points quantiques de silicium au sein du pôle de recherche national SPIN financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique. « Les plateformes de calcul quantique les plus avancées aujourd’hui sont les qubits supraconducteurs et les ions piégés. Les qubits à spin sont moins matures mais présentent des avantages potentiels et pourraient donc rattraper leur retard et peut-être même à terme prendre le relais », explique Miller. Il note toutefois qu’il s’agit d’une vision à long terme, qui ne pourra pas se concrétiser avant le terme de son doctorat.

Commencer son doctorat en plein milieu de la pandémie a bien sûr posé des problèmes. « Du fait du confinement, il me manque les échanges quotidiens avec mes collègues plus expérimentés. Ma productivité a chuté de manière significative depuis que nous avons pour consigne le télétravail », indique le jeune doctorant. Mais il ne baisse pas les bras. « J’essaie de limiter les dégâts en utilisant ce temps d’isolement pour continuer à travailler sur un article de recherche basé sur le sujet de mon mémoire de master. Et au cours de ce second semestre, je compte terminer en ligne tous les cours qui sont obligatoires pour l’obtention de mon doctorat. Cela m’évitera de devoir me rendre à l’université de Bâle lorsque celle-ci reprendra les cours sur le campus. »

Lorsqu’il n’est pas occupé à résoudre de complexes énigmes mathématiques, Daniel Miller consacre du temps à cultiver sa passion pour la musique, qui va du chant au piano en passant par le ukulélé. Il est heureux que son doctorat l’ait amené en Suisse. « J’apprécie vraiment ce que ce pays a à offrir en termes de beauté naturelle, les grands espaces et la tranquillité des Alpes ».

Leonid Leiva Ariosa / IBM

Le 17 mars 2021, Alexandre Kostka, professeur d’histoire culturelle à l’université de Strasbourg, a été nommé professeur honoraire par le sénat du Karlsruher Institut für Technologie (KIT). À l’occasion d’une interview, il évoque les liens entre Karlsruhe et Strasbourg en matière d’urbanisme et le profil qu’il souhaite donner à sa chaire honoraire.

Professeur Kostka, comment est née la coopération avec le KIT ? Kostka : Cette chaire honoraire constitue une pérennisation de ma coopération avec l’Institut d’histoire de l’art et de l’architecture du KIT depuis 2017. En matière d’enseignement, nous proposons aux étudiants de Karlsruhe et de Strasbourg des cours et des excursions en commun, notamment dans le cadre du master Erasmus Mundus « Euroculture » de l’université de Strasbourg. En outre, j’étais déjà professeur invité au KIT dans le cadre du programme du DAAD durant le semestre d’hiver 2019/2020. Cette fructueuse coopération débouche aujourd’hui sur une chaire honoraire – une forme de distinction et de coopération qui, soit dit en passant, n’existe pas en France.

Quelle orientation souhaitez-vous donner à votre implication au KIT ? Kostka : Chaque semestre, je proposerai un cours au KIT sur des thèmes qui concernent principalement le « patrimoine artistique et technique » commun du Rhin supérieur. Je me concentre sur les XIXe et XXIe siècles. Je voudrais commencer par l’architecte Fritz Beblo (1872-1947), qui a eu une influence si décisive sur le paysage urbain de Strasbourg que beaucoup de gens le désignent à tort comme « architecte municipal ». À l’époque, il n’y avait pas de formation en architecture à Strasbourg – mais il y en avait à Karlsruhe. Beblo est l’un des nombreux architectes formés à Karlsruhe qui sont allés à Strasbourg. La Neustadt était encore un chantier à cette époque. À partir de 1890, cependant, on assiste à un véritable boom de la construction, avec une grande influence de Karlsruhe en matière d’urbanisme. À l’époque, Beblo était à la tête du service de la construction (Hochbauamt). Les étudiants du KIT collaboreront à la conception d’une exposition sur Fritz Beblo, qui sera présentée à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg à l’automne 2022.

Vous envisagez donc les liens franco-allemands à la lumière de l’histoire culturelle ? Kostka : Oui. Je ne conçois pas cette chaire seulement comme un honneur, mais j’aimerais approfondir dans les années à venir cet héritage franco-allemand particulier, partagé, qui relie les deux côtés du Rhin. Il reste encore beaucoup à faire pour une meilleure compréhension et, par extension, pour une meilleure gestion de ce patrimoine partagé.