La rectrice de l’université de Bâle et son représentant, Thomas Hirth, à la tête du groupement universitaire trinational pour trois ans.

Le 9 juin 2021, l’Assemblée d’Eucor – Le Campus européen, composée des directions des universités membres, a élu Andrea Schenker-Wicki, rectrice de l’université de Bâle, à la présidence du groupement Eucor – Le Campus européen. Thomas Hirth, vice-président en charge de l’innovation et des affaires internationales du Karlsruher Institut für Technologie (KIT), a pour sa part été élu représentant de la présidence. Conformément aux statuts, la durée des deux mandats est de trois ans.

Elle-même représentante de la présidence depuis mai 2016, Andrea Schenker-Wicki occupait la présidence d’Eucor – Le Campus européen à titre intérimaire depuis octobre 2020 et le départ du président Hans-Jochen Schiewer. Au cours de son mandat, elle souhaite renforcer le groupement au travers de projets concrets : « Les universités du Rhin supérieur ont un grand potentiel dont nous voulons davantage tirer parti en réseau. Cela s’applique particulièrement à notre axe stratégique prioritaire dans la médecine personnalisée, au sein duquel nous souhaitons établir un pôle de recherche et d’innovation dynamique et disposant de connections à l’international. »

Après ses études à l’École polytechnique fédérale de Zurich, à l’université de Zurich et son doctorat à l’université de Fribourg (Suisse), Mme Schenker-Wicki a obtenu son habilitation à l’université de Saint-Gall en 1996. De 2001 à 2015, elle a enseigné la gestion d’entreprise à l’université de Zurich, où elle a également été vice-rectrice en charge du droit et de l’économie de 2012 à 2014. Elle est depuis août 2015 rectrice de l’université de Bâle.

Thomas Hirth fait partie des instances d’Eucor – Le Campus européen depuis 2016. Il souhaite en particulier mettre l’accent sur la promotion transfrontalière de l’innovation et du transfert : « C’est dans la coopération de la science, du monde économique et de la société que réside la clé pour rendre le groupement Eucor encore plus innovant, durable et compétitif dans le cadre de la Région métropolitaine trinationale du Rhin supérieur (RMT). »

Thomas Hirth a étudié et obtenu un doctorat en chimie à l’université de Karlsruhe, devenue depuis le KIT. En 2007, il a pris la direction de l’Institut Fraunhofer d’ingénierie interfaciale et de biotechnologie IGB à Stuttgart. Il a été titulaire d’une chaire à l’université de Stuttgart de 2008 à 2016 et a été de 2012 à 2015 vice-doyen de la faculté d’ingénierie énergétique, des procédés et de bio-ingénierie. Il est depuis janvier 2016 vice-président en charge de l’innovation et des affaires internationales au Karlsruher Institut für Technologie.

Pour Daniel Miller, tout a commencé par son amour des mathématiques pures et en particulier de l’algèbre linéaire. S’intéresser à la théorie de l’information quantique était une conséquence logique puisque, contrairement à d’autres domaines de la physique théorique, celui-ci fait une large place à l’algèbre linéaire plutôt qu’au calcul ou à d’autres sous-disciplines mathématiques.

Miller a commencé très tôt à s’intéresser à la théorie de l’information quantique. Alors qu’il étudiait encore la physique et les mathématiques à l’université Heinrich Heine de Düsseldorf, il a cosigné cinq articles scientifiques. Il était toutefois loin de se douter à l’époque que cette voie le mènerait tout droit vers l’un des endroits les plus passionnants pour la recherche industrielle sur l’information quantique, avec des résultats tangibles qui vont bien au-delà du laboratoire de recherche. Aujourd’hui, chez IBM Research, Daniel Miller contribue à façonner l’avenir de l’informatique, dont les ordinateurs quantiques sont amenés à constituer l’une des composantes fondamentales.

Dans ses publications en tant qu’étudiant, Daniel Miller a exploré des dispositifs tels que les répéteurs quantiques, qui pourraient aider à construire un futur internet quantique en compensant la perte de photons sur de longues distances dans les réseaux quantiques. Il s’est également penché sur l’importante question de la correction d’erreurs quantiques, une condition préalable à l’objectif à long terme de construire un ordinateur quantique universel réellement utile. Les recherches de D. Miller sur la correction d’erreurs quantiques ont déjà été utilisées dans la première démonstration d’un code de correction d’erreurs quantiques complet. Il s’est même aventuré dans le domaine de la cryptographie quantique, qui traite de l’utilisation des photons pour sécuriser les communications.

Après avoir obtenu ses deux diplômes de master, Miller était à la recherche de projets de doctorat susceptibles de l’inspirer. Il a rapidement trouvé une proposition correspondant à ses intérêts et à ses compétences dans le groupe de technologie quantique du laboratoire d’IBM Research Europe à Rüschlikon, près de Zurich. Son poste fait partie du programme QUSTEC, qui met en relation de jeunes chercheurs dans les sciences quantiques des universités de Bâle, Fribourg-en-Brisgau, et Strasbourg ainsi que du Karlsruher Institut für Technologie, de l’Institut Walther Meissner près de Munich et d’IBM Research.

« IBM Research est très réputé dans la communauté de l’informatique quantique. Avec ma formation en théorie de l’information quantique, IBM Research à Zurich est le meilleur endroit en Europe pour faire mon doctorat. J’espère élargir mon expertise à la chimie quantique et aux qubits à spin à trous dans les points quantiques en silicium », commente Miller.

En s’attaquant au domaine de la chimie quantique, Daniel Miller est excité à l’idée de contribuer à la résolution de certains des plus grands défis des algorithmes quantiques. « Il existe deux Graals en chimie quantique qui pourraient être atteints grâce aux ordinateurs quantiques. Le premier consiste à mettre au point un catalyseur pour la synthèse de l’ammoniac en simulant le centre actif de l’enzyme nitrogénase, qui résout ce problème chez les plantes. Le second Graal est la supraconductivité à température ambiante ».

Outre sa nouvelle aventure avec la chimie quantique, Miller profite de son doctorat pour explorer de nouvelles voies du côté matériel de l’informatique quantique. Il se concentre sur les qubits de spin à trous dans les points quantiques de silicium au sein du pôle de recherche national SPIN financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique. « Les plateformes de calcul quantique les plus avancées aujourd’hui sont les qubits supraconducteurs et les ions piégés. Les qubits à spin sont moins matures mais présentent des avantages potentiels et pourraient donc rattraper leur retard et peut-être même à terme prendre le relais », explique Miller. Il note toutefois qu’il s’agit d’une vision à long terme, qui ne pourra pas se concrétiser avant le terme de son doctorat.

Commencer son doctorat en plein milieu de la pandémie a bien sûr posé des problèmes. « Du fait du confinement, il me manque les échanges quotidiens avec mes collègues plus expérimentés. Ma productivité a chuté de manière significative depuis que nous avons pour consigne le télétravail », indique le jeune doctorant. Mais il ne baisse pas les bras. « J’essaie de limiter les dégâts en utilisant ce temps d’isolement pour continuer à travailler sur un article de recherche basé sur le sujet de mon mémoire de master. Et au cours de ce second semestre, je compte terminer en ligne tous les cours qui sont obligatoires pour l’obtention de mon doctorat. Cela m’évitera de devoir me rendre à l’université de Bâle lorsque celle-ci reprendra les cours sur le campus. »

Lorsqu’il n’est pas occupé à résoudre de complexes énigmes mathématiques, Daniel Miller consacre du temps à cultiver sa passion pour la musique, qui va du chant au piano en passant par le ukulélé. Il est heureux que son doctorat l’ait amené en Suisse. « J’apprécie vraiment ce que ce pays a à offrir en termes de beauté naturelle, les grands espaces et la tranquillité des Alpes ».

Leonid Leiva Ariosa / IBM

Le 17 mars 2021, Alexandre Kostka, professeur d’histoire culturelle à l’université de Strasbourg, a été nommé professeur honoraire par le sénat du Karlsruher Institut für Technologie (KIT). À l’occasion d’une interview, il évoque les liens entre Karlsruhe et Strasbourg en matière d’urbanisme et le profil qu’il souhaite donner à sa chaire honoraire.

Professeur Kostka, comment est née la coopération avec le KIT ? Kostka : Cette chaire honoraire constitue une pérennisation de ma coopération avec l’Institut d’histoire de l’art et de l’architecture du KIT depuis 2017. En matière d’enseignement, nous proposons aux étudiants de Karlsruhe et de Strasbourg des cours et des excursions en commun, notamment dans le cadre du master Erasmus Mundus « Euroculture » de l’université de Strasbourg. En outre, j’étais déjà professeur invité au KIT dans le cadre du programme du DAAD durant le semestre d’hiver 2019/2020. Cette fructueuse coopération débouche aujourd’hui sur une chaire honoraire – une forme de distinction et de coopération qui, soit dit en passant, n’existe pas en France.

Quelle orientation souhaitez-vous donner à votre implication au KIT ? Kostka : Chaque semestre, je proposerai un cours au KIT sur des thèmes qui concernent principalement le « patrimoine artistique et technique » commun du Rhin supérieur. Je me concentre sur les XIXe et XXIe siècles. Je voudrais commencer par l’architecte Fritz Beblo (1872-1947), qui a eu une influence si décisive sur le paysage urbain de Strasbourg que beaucoup de gens le désignent à tort comme « architecte municipal ». À l’époque, il n’y avait pas de formation en architecture à Strasbourg – mais il y en avait à Karlsruhe. Beblo est l’un des nombreux architectes formés à Karlsruhe qui sont allés à Strasbourg. La Neustadt était encore un chantier à cette époque. À partir de 1890, cependant, on assiste à un véritable boom de la construction, avec une grande influence de Karlsruhe en matière d’urbanisme. À l’époque, Beblo était à la tête du service de la construction (Hochbauamt). Les étudiants du KIT collaboreront à la conception d’une exposition sur Fritz Beblo, qui sera présentée à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg à l’automne 2022.

Vous envisagez donc les liens franco-allemands à la lumière de l’histoire culturelle ? Kostka : Oui. Je ne conçois pas cette chaire seulement comme un honneur, mais j’aimerais approfondir dans les années à venir cet héritage franco-allemand particulier, partagé, qui relie les deux côtés du Rhin. Il reste encore beaucoup à faire pour une meilleure compréhension et, par extension, pour une meilleure gestion de ce patrimoine partagé.

Les chercheurs des sciences historiques et des études slaves discutent des projets actuels, des nouvelles perspectives de recherche et du contexte des développements politiques et sociaux actuels avec les étudiants dans le cadre du « Eucor Research Seminar in Russian and East European History ». Du 4 au 19 mai 2021, la série d’événements en trois parties se déroulera au cours du semestre actuel.

« Dans le domaine de l’histoire de l’Europe de l’Est, il existe de nombreux croisements entre Bâle et Fribourg-en-Brisgau. Les chercheurs, mais aussi les doctorants, sont en échange constant malgré la frontière », explique Boris Belge, de l’université de Bâle. « Les colloques communs serviront à promouvoir les échanges au niveau des étudiants. »

« Nous abordons aussi des sujets avec des références très actuelles », ajoute Michel Abeßer de l’Université de Fribourg-en-Brisgau. « Pour comprendre les tensions d’aujourd’hui, par exemple en Ukraine, en Biélorussie ou dans le Haut-Karabakh, nous devons nous pencher sur les racines des conflits. »

Le colloque est organisé par les chaires d’histoire de l’Europe moderne et orientale et de philologie slave de l’université de Fribourg-en-Brisgau et les chaires d’histoire de l’Europe orientale et d’études slaves de l’université de Bâle.

Programme et inscription

Les possibilités de coopération dans le domaine de la formation entre les universités d’Eucor – Le Campus européen sont nombreuses et diverses. Une nouvelle brochure en ligne, destinée spécifiquement aux enseignants, donne une vue d’ensemble et décrit les différentes formes existantes, de la mobilité recommandée et des séminaires conjoints jusqu’aux cursus conjoints débouchant sur un diplôme délivré par une université ou avec double diplôme. Des enseignants des cinq universités Eucor y décrivent en outre la mise en œuvre et les avantages de leur coopération concrète dans des exemples de bonnes pratiques.

Brochure : Diversité des coopérations en formation

Le nouveau programme doctoral transfrontalier en immunologie EURIdoc lance un appel à candidatures pour 28 postes de doctorant. Basés au sein des universités de Bâle, Fribourg-en-Brisgau et Strasbourg ainsi que du Karlsruher Institut für Technologie et de l’hôpital universitaire de Fribourg-en-Brisgau, ces postes se concentrent principalement sur les sujets de l’hématopoïèse et du développement du système immunitaire, de l’immunité innée et adaptative et des maladies immunitaires. Tous les postes de doctorant sont à pourvoir à temps plein sur une durée de quatre ans.
Les sujets de doctorat proposés comprennent chacun deux variantes thématiques possibles. Des informations détaillées sur les conditions, la candidature et le processus de sélection sont disponibles dans le guide for applicants.
Le processus de candidature est mis en œuvre en coopération avec la Spemann Graduate School of Biology and Medicine (SGBM). Les dossiers sont à soumettre via leur outil de candidature.

La date limite de dépôt de dossier pour les candidats est fixée au 14 juin 2021.

Doctorante du Campus européen, Alessandra Colla travaille sur sa thèse en physique quantique. La physicienne fribourgeoise fait partie du programme doctoral « QUSTEC – Quantum Sciences and Technologies at the European Campus ». Dans le cadre de sa thèse, la jeune femme de 26 ans étudie l’irréversibilité et la production d’entropie dans les systèmes quantiques hors équilibre et aborde ainsi les questions essentielles de la science quantique.

Le fait qu’Alessandra Colla se consacre corps et âme à la recherche fondamentale ne fait aucun doute. « Je suis convaincue qu’elle renferme les racines de notre progrès technologique. Ce n’est qu’en découvrant et étudiant ses principes fondamentaux que nous pourrons l’utiliser pour des applications pratiques, la mise au point de machines thermiques quantiques à haut rendement par exemple », nous explique Alessandra Colla. Il n’est pas étonnant que la jeune femme, qui a obtenu son master de physique théorique à l’université italienne de Padoue, ait décidé de revenir à la recherche – plus précisément pour son doctorat – après de premières expériences professionnelles. Afin de développer ses expériences internationales, elle a cherché un programme dans un autre pays d’Europe pour franchir cette étape.

Développer des technologies performantes
Alessandra Colla vit et fait de la recherche à Fribourg-en-Brisgau depuis mars 2020 et participe au programme doctoral QUSTEC. Ce programme est porté par le groupement Eucor – Le Campus européen et s’adresse aux jeunes chercheurs et chercheures qui, comme Alessandra Colla, se consacrent à l’étude approfondie des fondements et des possibilités d’application de la science quantique. Cette dernière est considérée comme un vecteur d’espoir dans de nombreux domaines : « La science quantique fournit la théorie la plus fondamentale des phénomènes physiques », nous déclare Alessandra Colla. « Elle exploite des idées et concepts nouveaux, qui échappent souvent à toute explication intuitive. Ces idées présentent un grand potentiel pour différentes applications : calcul quantique, cryptographie sécurisée, simulation et contrôle de matériaux et réactions chimiques complexes, métrologie quantique par exemple. »

Dans le cadre de sa thèse, Alessandra Colla traite de l’irréversibilité et de la production d’entropie dans les systèmes quantiques hors équilibre. « Dans les lois fondamentales de la thermodynamique classique, l’entropie en tant que grandeur représente le degré d’incertitude sur l’état d’un système physique donné ou le degré de désordre de ce système », nous explique-t-elle. « Mais, alors que la production d’entropie est clairement définie dans la thermodynamique classique, il est extrêmement difficile, voire impossible, de la déterminer dans les systèmes ouverts complexes en régime quantique. »

L’objectif d’Alessandra Collas est donc de développer des technologies performantes permettant de conserver la production d’entropie dans les systèmes quantiques loin de l’équilibre thermique. Afin de pouvoir mieux prédire le comportement des systèmes physiques complexes, la doctorante procède entre autres à des calculs analytiques et à des simulations informatiques. À cet égard, elle essaie de combiner des concepts et méthodes issus de différents domaines, à savoir de la thermodynamique hors équilibre et de la physique statistique d’une part et de la théorie de l’information classique et quantique d’autre part. « C’est un aspect aussi fascinant que stimulant de mon travail. »

Un vaste échange de connaissances
En ce qui concerne sa motivation pour postuler à l’un des 39 postes de doctorants disponibles, notre Italienne de naissance nous déclare : « QUSTEC avait lancé un projet dont le contenu correspondait parfaitement à mon parcours universitaire. J’ai par ailleurs apprécié l’orientation interdisciplinaire du programme et le fait que QUSTEC regroupe de jeunes scientifiques issus d’universités françaises, suisses et allemandes. » Elle estime que les contacts avec des chercheurs d’autres disciplines sont importants pour élargir son horizon professionnel et garder en vue les projets et développements dans d’autres domaines. Alessandra Colla apprécie également le fait que QUSTEC ne se contente pas de promouvoir les compétences professionnelles : « Nous sommes entre autres formés au traitement des données de recherche et nous apprenons à travailler en coopération avec un grand groupe de personnes et à organiser des événements. »

La coopération au temps du coronavirus signifie souvent : tchats vidéo et visioconférences. En raison de la pandémie, toutes les réunions prévues ont dû jusqu’à présent se dérouler en ligne, y compris la manifestation inaugurale de trois jours lors du lancement du programme QUSTEC. Bien que les échanges d’idées en ligne aient fonctionné mieux que prévu, elle espère pouvoir bientôt rencontrer ses collègues en personne et en apprendre encore plus sur leurs projets, résume Alessandra Colla, qui a travaillé principalement en télétravail au cours de ces derniers mois. « Même si je peux très bien travailler depuis chez moi, je suis naturellement affectée par la restriction des communications avec mes collègues. Cela ne concerne pas uniquement les personnes du programme QUSTEC, mais surtout celles de mon groupe, ici à Fribourg. Pour moi, il est important de parler et discuter sur la physique pour pouvoir travailler efficacement. »

Kristin Schwarz

« Ce que je préfère dans mon travail ici, c’est l’esprit libre de mes superviseurs », dit Daria Sostina, doctorante du programme QUSTEC à l’Institut des matériaux et technologies quantiques (IQMT) du Karlsruher Institut für Technologie (KIT). « Travailler avec le professeur Wernsdorfer et le Dr. Philip Willke est très différent – tout ici est beaucoup plus rapide et plus avancé qu’ailleurs. Ils font certaines choses en très peu de temps, alors que d’autres personnes auraient normalement besoin de plusieurs années ». Daria apprécie particulièrement la liberté qui lui est donnée pour son travail au KIT et le fait que le professeur Wernsdorfer et son superviseur Philip Willke sont ouverts à de nouvelles idées et possibilités. « Je ne suis pas seulement une technicienne qui aide les patrons à nettoyer les chambres à vide. Je peux participer activement et partager mes idées. », dit-elle. « J’apprécie vraiment cela. »

Elle est arrivée au KIT en mars 2020, juste au moment où la pandémie de coronavirus a frappé l’Allemagne. Pour autant, elle s’est sentie chaleureusement accueillie et la transition vers son nouveau poste s’est déroulée sans heurts. « Il m’a été très utile de connaître Philip grâce à un ancien séjour de recherche en Corée du Sud et de connaître déjà son domaine de recherche », explique Daria. Native de Russie, elle s’intéressait déjà aux sciences naturelles lorsqu’elle était à l’école, mais n’a pas commencé par la physique lors de son entrée à l’université en Russie. « Au début, je me suis intéressée à la biologie et j’ai travaillé dans le domaine de l’embryologie, notamment la recherche génétique sur les vers marins ». Mais elle a vite compris que la génétique n’était pas le sujet dans lequel elle aimerait investir le reste de sa carrière scientifique. « Il n’a pas fallu longtemps pour que je me tourne vers la physique », raconte-t-elle. « Les expériences sont beaucoup plus prévisibles et je préfère ça ! » Daria a commencé à travailler sur le magnétisme pendant ses études de licence et a étudié les isolateurs topologiques et le graphène aux sources de lumière synchrotron BESSY à Berlin et SLS à l’Institut Paul Scherrer en Suisse. Après un autre séjour de recherche en Corée, où Philip Willke travaillait en tant que post-doctorant, elle a obtenu son master à la source de lumière suisse SLS.

Son projet de recherche doctorale au KIT est prévu pour durer trois à quatre ans. Sa thèse de doctorat porte sur la conception de nouvelles techniques de contrôle et de manipulation de la dynamique d’aimantation de petits dispositifs magnétiques avec des champs micro-onde. « Ce que nous désignons par « petits dispositifs » est un seul atome ou une seule molécule magnétique. L’idée est d’utiliser la microscopie à effet tunnel (STM) pour manipuler ou déplacer cet unique atome à un endroit spécifique, puis de manipuler son état magnétique, également connu sous le nom de spin, en utilisant des champs de radiofréquences », explique Daria.

Dans ses recherches, elle utilise un très petit réfrigérateur mis au point par le professeur Wolfgang Wernsdorfer, pionnier des qubits moléculaires. Ce réfrigérateur est utilisé pour refroidir à des températures très basses, de moins de 20 mK, très proches du zéro absolu. « Un aimant vectoriel supraconducteur de notre fabrication nous permet d’appliquer un champ magnétique de quelques teslas dans n’importe quelle direction. C’est essentiel pour jouer avec les qubits de spin », explique le professeur Wernsdorfer.

Ce que Daria apprécie dans le programme QUSTEC, c’est que les doctorants en Allemagne, en France et en Suisse sont censés échanger sur leurs expériences. « J’ai travaillé dans tant de pays différents, l’orientation internationale du programme a été un aspect important pour motiver ma candidature. » Une partie du programme consiste en un séjour de recherche dans un autre pays Eucor (pour Daria, ce serait donc la Suisse ou la France) pour une période de six mois. « J’espère que la situation sanitaire le permettra bientôt. J’aimerais beaucoup aller au laboratoire de recherche d’IBM à Zurich. »

Il est important de rester ouvert à toutes les possibilités, estime Daria. « Mon conseil pour les autres étudiants est de prendre des initiatives, de s’informer, de demander aux gens s’ils ont connaissance de projets – c’est comme ça que j’ai appris pour QUSTEC. » Philip Willke confirme : « Nous avons souvent des projets intéressants, pour lesquels nous cherchons les bonnes personnes avec qui travailler. Il est étonnamment difficile de trouver des doctorants au profil approprié, en particulier des candidats internationaux ayant une expérience aussi vaste que Daria. Lorsque des personnes comme Daria prennent des initiatives et nous contactent, nous sommes plus qu’heureux. » Le professeur Wernsdorfer est convaincu que des programmes comme QUSTEC donnent lieu à une situation gagnant-gagnant pour les étudiants et les instituts de recherche. « Le programme QUSTEC est une très belle occasion d’attirer d’excellents étudiants étrangers, et Daria est l’une de mes meilleures étudiantes en ce moment », commente-t-il.

Pour Daria, les choses les plus importantes sont la flexibilité et l’engagement. « Sachez ce que vous voulez, tentez votre chance, restez flexible, et ne prenez ou ne restez à aucun poste. J’ai déménagé en Suisse alors que mon groupe à Saint-Pétersbourg était formidable, mais je voulais acquérir de nouvelles expériences. Lorsque mon poste en Suisse s’est avéré ne pas être le meilleur, j’ai guetté de nouvelles opportunités… et me voilà maintenant au KIT ! »

Le 10 mai commémore le 500e anniversaire de la mort de Sebastian Brant. Personnalité littéraire de la fin du Moyen Âge, Sebastian Brant est principalement connu pour son chef d’œuvre « La Nef des fous ». L’Université de Bâle, où Sebastian Brant fut professeur de droit, lui rend hommage dans le cadre d’un cycle de conférences numériques. Ce cycle est conçu en coordination avec les activités scientifiques prévues à Strasbourg au sein du groupement Eucor – Le Campus européen.

Madame la PD Dr. Tina Terrahe, vous êtes chargée de l’organisation des activités proposées par l’Université de Bâle dans le cadre de cet anniversaire. Qui était exactement Sebastian Brant ?
PD Dr. Tina Terrahe : Sebastian Brant était un auteur de textes en langue allemande, mais également de poèmes en latin et d’ouvrages juridiques, il s’est aussi occupé de politique. Il est né à Strasbourg en 1457. Il fit ses études à Bâle, où il devint l’un des érudits les plus éminents de l’université. Il y exerça non seulement en qualité de professeur de droit, mais également en tant que doyen, tout en poursuivant ses activités d’expert, d’avocat et de juge à Bâle. Il revint à Strasbourg en 1501, où il exerça une influence considérable au niveau politique en qualité de secrétaire de la ville. Il déploya ses activités littéraires principalement à Bâle, ses dernières années à Strasbourg furent plus consacrées à la politique et – pour autant que l’on sache – cette fonction lui laissait peu de temps pour des activités créatrices.

Quelle est l’importance de Sebastian Brant pour la région du Rhin supérieur jusqu’à aujourd’hui ?
Du fait de ses longues années d’activité et de travail à Strasbourg et à Bâle, il représente encore aujourd’hui un lien entre la Suisse et la France – sa position en Suisse est peut-être un peu plus difficile car il quitta le pays lorsque la ville de Bâle se rangea du côté des Confédérés. Mais il me semble que c’est en Allemagne qu’il suscite le plus grand intérêt ; peut-être parce que c’était le plus grand marché pour ses œuvres en langue allemande à l’époque. La Nef des fous – probablement l’œuvre la plus célèbre de son temps – intéressait également, malgré sa profondeur littéraire, la population normale, sans formation littéraire particulière, et c’est encore le cas aujourd’hui.

Le cycle de conférences traitera de l’œuvre majeure de Brant, la Nef des fous, mais aussi de l’imprimerie. Quel est le contexte de cet axe thématique ?
L’imprimerie était très récente à l’époque et commençait à remplacer l’écriture manuscrite médiévale traditionnelle. À côté de ses activités littéraires, Brant lui-même était un éditeur très actif. Il travaillait en étroite collaboration avec les imprimeurs bâlois, faisait des expériences au niveau de la mise en page et a établi des références dans l’histoire des médias.

Quelles sont les autres activités scientifiques prévues pour cette année anniversaire ?
C’est peut-être une heureuse coïncidence du point de vue du groupement Eucor que le Prof. Dr. Nikolaus Henkel de Fribourg-en-Brisgau soit justement un éminent spécialiste de Sebastian Brant de sorte que trois universités Eucor (Bâle, Fribourg-en-Brisgau et Strasbourg) se consacrent désormais à cet événement en étroite concertation et dans le cadre de manifestations communes. En plus du cycle de conférences numériques à Bâle, qui débutera le 3 mars prochain, un congrès scientifique est prévu du 10 au 11 mai à Strasbourg. Une exposition sera en outre organisée (dans la mesure où la pandémie le permet) au Kunstmuseum de Bâle (08/05 – 05/09/2021). Un projet de recherche en ligne « Narragonien digital. Textes numériques des ‚Nefs des fous‘ européens du XVe siècle » (www.narragonien-digital.de) ainsi que d’autres soirées/conférences, une visite guidée de la ville et une excursion sont également au programme.

Informations sur le cycle de conférences et les autres activités