Le 25 août 2020, le secrétaire d’État du Bade-Wurtemberg Andre Baumann a rendu visite à l’université de Fribourg-en-Brisgau dans le cadre de sa tournée d’été et s’y est informé au sujet du développement du groupement universitaire du Rhin supérieur, Eucor – Le Campus européen. Le principal objet de cette visite était le tout récent concept du land de Bade-Wurtemberg portant sur la coopération avec la France, adopté le 14 juillet 2020, et les développements prévus pour le groupement. Par ailleurs, le secrétaire d’État a pu à cette occasion s’informer plus spécifiquement sur des projets transfrontaliers en matière de développement durable dans le cadre du Campus européen.

Parmi ceux-ci, le projet « Concepts régionaux pour un approvisionnement et un stockage d’énergie intégrés, efficaces et durables dans la Région Métropolitaine Trinationale du Rhin Supérieur » (« Regionale Konzepte für eine integrierte, effiziente und nachhaltige Energieversorgung und Speicherung in der Trinationalen Metropolregion Oberrhein », RES-TMO) vise à assurer un approvisionnement énergétique fiable dans la région du Rhin supérieur grâce à une augmentation de la production d’électricité issue d’énergies renouvelables. À cette fin, les porteurs du projet étudient les synergies découlant de la complémentarité des capacités de production, de stockage et de la demande des deux côtés du Rhin dans le but d’élaborer des recommandations à l’intention des décideurs.

Le second projet présenté, « Smart Meter Inclusif » (SMI), combine pour sa part l’intelligence artificielle et l’analyse microsociétale. Les chercheurs mettent au point de nouveaux compteurs d’électricité intelligents, appelés « smart meter », qui doivent être plus efficaces, plus sûrs et mieux acceptés par les consommateurs. Les utilisateurs de ce dispositif, dont le prototype a été présenté au secrétaire d’État Baumann, devraient pouvoir suivre et prévoir la consommation de leurs appareils électriques.

Enfin, les participants de l’événement ont discuté du concept développé par Eucor – Le Campus européen pour l’avenir du territoire du Fessenheim suite à l’arrêt de la centrale nucléaire.

Andre Baumann est depuis février 2020 représentant plénipotentiaire du land de Bade-Wurtemberg auprès de l’État fédéral d’Allemagne et secrétaire d’État au sein du ministère d’État à Stuttgart.

Sur la photo de gauche à droite : Hans-Jochen Schiewer, Thomas Hirth, Andre Baumann, Barbara Koch, Frederik Wenz, Alain Dieterlen.

Pour la première fois, les doctorants du programme de formation doctorale QUSTEC se sont rencontrés du 22 au 24 juin 2020, à l’occasion d’un « Kick-Start training ». Les 30 doctorants, qui sont repartis entre les institutions partenaires, à savoir les universités de Bâle, de Fribourg-en-Brisgau, de Strasbourg, le Karlsruher Institut für Technologie ainsi qu’IBM Zurich, ont pu faire connaissance et profiter d’un programme scientifique – le tout en ligne, du fait de la situation sanitaire actuelle.

« Nos doctorants viennent de 15 pays du monde entier », explique Nataliia Voievoda, chef de projet de QUSTEC. « À cause de la crise sanitaire, une partie d’entre eux n’a pas encore pu venir en Allemagne, en France ou en Suisse. Le format en ligne que nous avons dû choisir à cause de la situation actuelle a permis à tous les doctorants de participer, qu’ils soient arrivés dans la région du Rhin supérieur ou non. »

Manuel Morgado est un des doctorants du programme QUSTEC, employé à l’université de Strasbourg. « Je suis vraiment ravi de faire partie du programme QUSTEC et d’avoir eu l’occasion durant ce kick-off de rencontrer des collègues des institutions partenaires de la région du Rhin supérieur, avec lesquels j’ai pu échanger des idées sur des sujets intéressants liés aux sciences quantiques. Ces liens contribueront à créer et à renforcer la collaboration entre doctorants aux spécialités différentes intéressés par le développement des sciences quantiques », explique le doctorant du Venezuela.

Le kick-off a commencé par une introduction au programme doctoral et un « get together » des doctorants. Après un accueil de Catherine Florentz, vice-présidente de l’université de Strasbourg, et Hans-Jochen Schiewer, président d’Eucor – Le Campus européen, se sont enchaînées les conférences scientifiques. « Je pense que les doctorants ont beaucoup apprécié la diversité du programme. En marge des introductions dans les champs de recherche des sciences et technologies quantiques, nous avons proposé des ateliers transversaux sur la responsabilité dans la recherche et l’innovation et sur la science ouverte (« open science ») et la gestion des données scientifiques », ajoute Nataliia Voievoda.

L’interdisciplinarité du programme doctoral QUSTEC s’est reflétée dans les six conférences scientifiques. Les chercheurs des institutions partenaires y ont en effet présenté leurs approches des sciences et technologies quantiques en adoptant chacun un angle différent, car ils viennent des disciplines variées comme la physique, la chimie, la science des matériaux ou l’informatique.

« Quantum Science and Technologies at the European Campus » (QUSTEC) est un programme de formation doctorale mis en place par Eucor – Le Campus européen. Le programme a été sélectionné par la Commission européenne en tant que programme doctoral conjoint, interdisciplinaire et international en sciences et technologies quantiques dans le cadre des actions Marie Skłodowska-Curie. Il est cofinancé par l’Union européenne et les institutions partenaires et bénéficie d’un budget total de 9,1 millions d’euros pour une période de cinq ans.

Quand les universités et lycées ont été fermés lors de la crise sanitaire, Maeva Coffin a réagi vite. Elle a proposé un format simple, mais efficace pour soutenir les jeunes souhaitant continuer l’apprentissage des langues.

La jeune française, 23 ans, fait partie du Conseil étudiant d’Eucor – Le Campus européen pour l’université de Haute-Alsace. Elle vit à Mulhouse et vient de terminer son master en Sciences de l’éducation. « Quand je voyais l’élan de solidarité au-delà des frontières lors de la crise, je me disais qu’avec les ressources et les contacts du Conseil étudiant d’Eucor, nous pouvions faire quelque chose. »

Elle voulait aider vite et sans formalités – et a donc proposé une aide linguistique au Conseil étudiant d’Eucor, qui a toute suite réagi positivement. L’idée était de mettre en contact des étudiants et des lycéens français et allemands/suisses pour former des binômes s’aidant mutuellement pour améliorer leurs compétences linguistiques. Un document partagé Google Docs avec différents indicateurs, comme par exemple le niveau de langue, a été mis en place. Maeva Coffin voit qui pourrait former un binôme avec qui et met les personnes en contact. Elle suggère des méthodes ou plateformes, mais laisse les intéressés libres de choisir eux-mêmes comment ils procèdent pour s’aider mutuellement.

Un grand effort de promotion n’a pas été nécessaire : Maeva Coffin l’a publié sur les réseaux sociaux et des manifestations d’intérêt n’ont pas tardé. « Mais après un certain moment, nous avons vu qu’il y avait beaucoup plus de participants francophones que germanophones. Il était difficile de créer des binômes. » Elle a donc envoyé des courriels aux instituts français en Allemagne et contacté directement différentes personnes au sein d’Eucor – Le Campus européen pour relancer l’initiative en Allemagne et en Suisse.

La plupart des participants utilise WhatsApp pour chatter, téléphoner ou se voir par visio. Ceylane Idiri, lycéenne à Mulhouse, a également participé et elle s’est directement bien entendue avec sa partenaire de binôme. « J’ai beaucoup aimé ce concept, car j’ai pu aider ma correspondante pour le français et elle pour l’allemand. Je pense que c’est quelque chose qui peut vraiment servir comme un complément si on a des difficultés linguistiques. »

Aujourd’hui, 230 étudiants et lycéens profitent de cette aide linguistique. Avec des participants de Sarrebruck et de Metz, le projet a déjà dépassé la région du Rhin Supérieur. « Même si la crise sanitaire n’est plus à un tel point d’urgence, il est toujours possible de continuer l’aide linguistique proposée du Conseil étudiant d’Eucor – Le Campus européen. J’espère que d’autres idées fleuriront grâce à ce projet d’entraide linguistique. », résume Maeva Coffin.

lien vers le formulaire en ligne pour une participation au projet

Qui doit être soigné en premier lorsqu’un hôpital est surchargé ? Quels critères distinguent le « bien » du « mal » selon le philosophe Aristote ou le théologien Thomas d’Aquin ? À quelles exigences éthiques les applications d’alerte au coronavirus doivent-elles répondre ? Sur quelles traditions reposent les schémas de pensée en Allemagne, en France et dans les autres pays européens ? Discuter de questions éthiques sous différents angles techniques et culturels, c’est le cœur du nouveau programme de master international d’éthique interdisciplinaire, qui fera ses débuts au premier semestre 2020/21 aux universités de Fribourg-en-Brisgau et de Strasbourg.

« Outre la recherche fondamentale et appliquée dans le domaine de l’éthique, les étudiants seront également amenés à travailler sur la réflexion publique et la communication sur les questions éthiques », explique le professeur Klaus Baumann, responsable du programme à l’université de Fribourg-en-Brisgau. « Notre approche interdisciplinaire est rendue possible grâce à la coopération avec différentes facultés. Nous plaçons les questions éthiques dans les différents contextes de la théologie, de la philosophie, de la médecine ou encore de l’économie », ajoute Marie-Jo Thiel, professeure en charge du programme du côté de l’université de Strasbourg.

Les étudiants commencent leur master transfrontalier ensemble à l’université de Strasbourg. Le deuxième semestre a lieu à Fribourg-en-Brisgau. Le troisième semestre est partagé entre les deux universités et pendant cette période, ils ont également accès aux cours de l’ensemble du groupement Eucor – Le Campus européen. Celui-ci comprend, outre les universités de Fribourg-en-Brisgau et de Strasbourg, les universités de Bâle et de Haute-Alsace ainsi que le Karlsruher Institut für Technologie. Enfin, au quatrième semestre, les étudiants peuvent décider s’ils souhaitent rédiger leur mémoire de master à Fribourg-en-Brisgau ou à Strasbourg. Par ailleurs, chaque semestre, tous les étudiants se réunissent pour un séminaire commun consacré à leurs recherches pour leurs mémoires respectifs.

Au terme de leurs études, les étudiants reçoivent un double diplôme de master. Cela les qualifie, tant au niveau régional qu’international, pour une activité professionnelle dans le domaine de la recherche en éthique, du conseil en éthique ou de la communication du discours éthique. Les langues d’enseignement sont l’allemand, le français et l’anglais. Côté français, les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 15 juin 2020. En tout, 20 places seront disponibles chaque année, soit dix pour chacune des deux universités.

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Frontières fermées, télétravail : comment les projets transfrontaliers se poursuivent-ils sur le Campus européen pendant la crise du coronavirus ? Dans cette série, nous interrogeons des chercheurs et des enseignants sur les répercussions de la crise sur leurs coopérations bi- ou trinationales.

Dans l’« Upper Rhine Immunology Group », URI group en abrégé, les chercheurs en immunologie du Campus européen s’organisent en réseau. Wolfgang Schamel est professeur d’immunologie à l’Université de Fribourg-en-Brisgau, membre du cluster d’excellence CIBSS (Centre for Integrative Biological Signalling Studies) et co-fondateur de URI group.

M. Schamel, la crise actuelle a-t-elle des répercussions sur la coopération transfrontalière à votre niveau ?
Wolfgang Schamel : pour des personnes qui comme moi ne travaillent pas en laboratoire mais surtout sur ordinateur, la crise du coronavirus s’apparente presque à un « mini congé sabbatique », à cette différence près que l’on reste au même endroit. Dans un premier temps, l’enseignement a été interrompu et de nombreuses réunions annulées. À présent tout reprend petit à petit en ligne, mais avec la crise j’ai d’abord eu plus de temps disponible. Et j’ai utilisé ce temps notamment pour un projet commun du URI group.

Vous investissez le temps supplémentaire disponible dans un projet Eucor ?
Schamel : oui, c’est cela. Nous avions déjà déposé une demande de financement d’un programme doctoral commun auprès de l’Union européenne. Cette demande n’a pas été acceptée, essentiellement pour des raisons de forme. Nous avons utilisé le temps supplémentaire dont nous disposions pour nous concentrer sur la demande et la retravailler. C’est pourquoi dernièrement mes collègues français, suisses et moi nous réunissons très régulièrement en ligne. C’est Eucor – Le Campus européen, en tant que groupement, qui déposera la demande. Outre l’Université de Fribourg-en-Brisgau, les Universités de Bâle, Strasbourg et le Karlsruher Institut für Technologie sont également parties prenantes. Nous voulons redéposer la demande, dans une version améliorée.

Pour revenir à la crise du coronavirus : le URI group, en tant que groupement d’immunologistes, a-t-il affaire directement aux infections au coronavirus ?
Schamel : oui, récemment plusieurs équipes de recherche se consacrent au coronavirus à Fribourg-en-Brisgau, Strasbourg et Bâle. En effet, pour nous il s’agit d’un sujet passionnant et nous l’avons même déjà abordé dans nos cours en ligne de niveau master. Ces équipes de recherche travaillent sur la réponse immunitaire des patients infectés par le coronavirus, sur le virus-même, ou encore sur les protéines du virus. Nous, porte-parole du URI group, sommes en train d’agréger ces approches différentes mais complémentaires et nous allons certainement inclure le sujet des coronavirus dans notre programme doctoral commun.

Informations sur le Upper Rhine Immunology Group

Frontières fermées, télétravail : comment les projets transfrontaliers se poursuivent-ils au sein du Campus européen pendant la crise du coronavirus ? Dans cette série, nous interrogeons des chercheurs et des enseignants sur les répercussions de la crise sur leurs coopérations bi- ou trinationales.

L’interculturalité est une des bases sur lesquelles le Campus européen est bâti. Loïc Chalmel est professeur spécialisé dans le domaine de l’interculturalité à l’Université de Haute-Alsace.

M. Chalmel, les frontières sont fermées, la politique retombe dans la pensée nationale : qu’en est-il de l’interculturalité ?
Loïc Chalmel : La fermeture des frontières fut un choc pour tous les collaborateurs de l’université qui travaillent dans le cadre d’Eucor ou dans une dimension transnationale. Que ce soient des Français, des Suisses, des Allemands, c’était la négation d’un effort qui a été profondément ressentie. J’ai des étudiants allemands et français et j’ai vu que la fermeture des frontières, c’est quelque chose qui les touche.

Les rencontres interculturelles sont-elles possibles par téléphone ou visio dans la même dimension que par une rencontre physique ?
Chalmel : Je pense que oui. Moi-même, j’organise des visioconférences avec mes étudiants sur les questions d’interculturalité, notamment aussi en lien avec la création de la future collectivité européenne d’Alsace. Et on a également pu mettre en place un outil de recherche.

Comment la crise impacte la coopération interculturelle ?
Chalmel : Je crois que par rapport à cette question, c’est le moment actuel qui est particulièrement important. Si on n’est pas capable de retourner et de reconstituer une communauté de recherche qui inclut les chercheurs des deux côtés du Rhin, nous allons perdre des résultats de plusieurs années de travail. Il faut que le sujet fasse partie des priorités. Tous les étudiants et enseignants qui sont intéressés par des questions d’interculturalité doivent se mobiliser rapidement maintenant. Le moment est essentiel. Nous risquons de revenir des années en arrière.

Frontières fermées, télétravail : comment les projets transfrontaliers se poursuivent-ils sur le Campus européen pendant la crise du coronavirus ? Dans cette série, nous interrogeons des chercheurs et des enseignants sur les répercussions de la crise sur leurs coopérations bi- ou trinationales.

La crise du coronavirus et les mesures prises pour empêcher la propagation du virus affectent fortement l’enseignement dans les universités : cours magistraux, travaux dirigés, ateliers, travaux pratiques ne peuvent plus se dérouler en présentiel. Comment les enseignants réagissent-ils à cette situation ? Elena Makarova, professeur de sciences de l’éducation à l’Université de Bâle, se penche sur cette question.

Mme Makarova, vous avez lancé une étude sur les répercussions de la crise sur l’enseignement. Quelle question se trouve au centre de votre étude ?
Elena Makarova : Dans notre étude comparative entre plusieurs pays, nous souhaitons analyser la manière dont, suite au confinement imposé par le coronavirus, les enseignants du supérieur ont réussi à passer de modalités d’enseignement conventionnelles à l’enseignement en ligne ainsi que les défis organisationnels et didactiques auxquels cette transition les a confrontés. La comparaison entre les pays est tout particulièrement intéressante étant donné que les enseignants des universités qui y participent se sont tous retrouvés dans la même situation : ils ont été contraints, pour ainsi dire du jour au lendemain, de transformer et d’adapter sur-le-champ leur enseignement aux formats numériques. À présent, nous souhaitons savoir de quelle manière ils ont relevé ces défis et en quoi cela influe sur l’enseignement à court et à long terme.

En quoi le fait d’inclure les partenaires d’Eucor – Le Campus européen constitue-t-il un enrichissement pour votre étude ?
Makarova : Une équipe de chercheurs en poste dans des universités d’Argentine, d’Allemagne, d’Israël, des États-Unis et de Suisse est à l’initiative de cette étude. Étant donné que l’Institut des sciences de l’éducation de l’Université de Bâle coopérait d’ores et déjà avec la School of Education du « Freiburger Advanced Center of Education » (FACE) dans le domaine du soutien aux jeunes diplômés, nous étions déjà en relation avec des collègues du Campus européen. Dans le cadre de cette collaboration scientifique, nous avons déjà organisé des journées d’étude en commun et planifié de nouvelles manifestations. Ces coopérations préexistantes nous ont donné l’occasion de solliciter la participation de chercheurs du Campus européen à notre étude comparative. L’accord des collègues des universités de Haute-Alsace et de Strasbourg m’a fait particulièrement plaisir ! Car plus nombreux seront les pays et institutions pris en compte dans notre étude, plus complets seront nos résultats. En outre, cela nous permettra de mieux étayer empiriquement l’appréciation du caractère généralisable de nos résultats. Hormis le bénéfice pour notre étude, j’attends de cette collaboration scientifique qu’elle permette d’établir des relations sur le long terme avec les départements de sciences de l’éducation et de didactique des universités du Campus européen, qui enrichiront nos travaux respectifs de recherche et d’enseignement.

Pensez-vous que les changements intervenus dans l’enseignement perdureront au-delà de la crise ? Et celle-ci peut-elle agir comme moteur pour tendre vers un enseignement davantage tourné vers le transfrontalier ou l’international ?
Makarova : Ce sont précisément ces questions auxquelles notre étude pourra apporter des réponses argumentées, en se fondant sur les données issues de plusieurs pays. Personnellement, je pense que la crise a certainement impulsé une professionnalisation des enseignants du supérieur dans le domaine de l’enseignement en ligne, qui présentera un caractère durable. Notre étude montre que ce contexte a également favorisé les relations internationales. L’enseignement en bénéficie naturellement aussi.

Frontières fermées, télétravail : comment les projets transfrontaliers se poursuivent-ils sur le Campus européen pendant la crise du coronavirus ? Dans cette série, nous interrogeons des chercheurs et des enseignants sur les répercussions de la crise sur leurs coopérations bi- ou trinationales.

Sylvie Fournel de l’Université de Strasbourg, en association avec Fréderic Gros et Christopher Mueller, profite du dispositif financier « Seed Money » d’Eucor – Le Campus européen pour le projet « Immunology Master Exchange ». Ce projet vise à long terme la mise en place d’un cursus de master trinational ainsi que d’un programme de doctorat dans le domaine de l’immunologie. Il se traduit actuellement par des échanges d’étudiants pour des stages ou des enseignements théoriques ou pratiques avec les Universités de Bâle et de Fribourg-en-Brisgau.

Mme Fournel, est-ce que cette crise actuelle touche votre projet ?
Sylvie Fournel : Oui, notre projet est forcément touché. C’est un programme d’échange et les difficultés de déplacement l’impactent beaucoup. Heureusement, une grande partie des stages des étudiants strasbourgeois était déjà finie. Pour les parties d’enseignement à Strasbourg prévue en avril, les cours ont été enregistrés et transmis à nos collègues de Fribourg-en-Brisgau et Bâle. Il en sera sans doute de même pour les enseignements qui devaient avoir lieu à Fribourg-en-Brisgau au mois de juin. Malheureusement, les stages à Strasbourg des étudiants suisses et allemands qui étaient prévus pour cet été seront sans doute annulés.

Est-ce que vous prévoyez d’ajouter des contenus sur le virus « SARS-CoV-2 » dans les emplois de temps des étudiants de master ?
Fournel : Ça va se faire tout naturellement. Au niveau du master, les étudiants n’ont plus de cours magistraux classiques, mais leurs enseignements sont basés sur des conférences, des stages en laboratoire et des analyses bibliographiques. Ces différents enseignements traitent toujours des sujets les plus actuels. Ce sont donc les étudiants qui choisissent les thèmes d’étude et il est évident que dans les prochains mois, ils choisiront des thèmes en lien avec le SARS-CoV-2 et la maladie qui en découle, le Covid19. Nous encouragerons fortement cette pratique.

Est-ce que vous échangez avec vos collègues allemands et suisses sur le virus ?
Fournel : Actuellement, c’est encore un peu tôt. Aujourd’hui, ce sont les virologistes qui se penchent sur le virus et sur son mode de fonctionnement. Les immunologistes sont pour le moment un peu en retrait dans l’attente d’analyse sur les patients qui permettront d’orienter les études. Parmi les porteurs de ce projet, il n’y a pas d’équipe dont le sujet de recherche principale est la vaccination anti-virale. Dans mon équipe, nous nous intéressons plus à la mise en place de « vaccins » anti-tumoraux. Mais la réponse immunitaire antivirale et antitumorale sont proches, nous serons donc peut-être amenés à utiliser notre expertise dans la lutte contre le SARS-CoV-2.

Informations sur le projet

Frontières fermées, télétravail : comment les projets transfrontaliers se poursuivent-ils sur le Campus européen pendant la crise du coronavirus ? Dans cette série, nous interrogeons des chercheurs et des enseignants sur les répercussions de la crise sur leurs coopérations bi- ou trinationales.

Kira Schumacher est responsable du projet « SuMo-Rhine » au Karlsruher Institut für Technologie. L’objectif affiché du projet est de favoriser une mobilité transfrontalière durable.

Mme Schumacher, quelles sont actuellement les répercussions de la crise du coronavirus sur votre projet ?
Kira Schumacher : Nous parlons beaucoup des répercussions de la crise parce qu’elles bouleversent notre planning. Une partie du projet consiste par exemple à interroger la population sur ses habitudes en matière de mobilité. Mais la crise a pour conséquence de suspendre ces habitudes. En ce moment par exemple, on a tendance à prendre la voiture plutôt que les transports en commun. Les liaisons ferroviaires sont réduites, certaines lignes de bus sont supprimées. Or dans notre recherche, ce sont les conditions normales que nous souhaitons décrire. Nous discutons sur la manière dont nous pouvons adapter notre recherche à la nouvelle situation et nous modifions partiellement notre planning. Nous ne pouvons qu’observer comment la situation évolue.

La diminution de la mobilité induit également une réduction des émissions. Est-ce que la crise favorise la transition vers une mobilité durable ?
K. Schumacher : À nos yeux bien entendu, la crise représente également une chance. Nous apprenons à utiliser de nouveaux formats et élargissons nos compétences numériques. De nombreuses personnes travaillent à domicile et les conférences en ligne remplacent les réunions en présentiel. Ceci réduit évidemment les émissions. Mais les systèmes durables comportent toujours plusieurs dimensions : outre l’aspect écologique, ils revêtent également des aspects économiques et sociaux. Actuellement, les contacts directs et personnels sont tout simplement insuffisants. Or ils s’avèrent parfois irremplaçables.

Qu’est-ce que cela signifie pour la durabilité et, dans votre cas, pour l’implication du public dans votre projet ?
K. Schumacher : Dans notre projet, nous regardons comment améliorer la mobilité, pas comment la réduire. Nous aussi avons besoin du contact et de rencontres, d’une part au sein-même du groupe de partenaires, d’autre part avec l’extérieur c’est-à-dire avec les différents groupes d’intérêts. Le transfert de nos résultats vers la société civile est rendu plus difficile étant donné qu’il nécessite le dialogue direct. Qu’il s’agisse d’organiser des ateliers publics, de recueillir les réactions des différents acteurs ou de débattre de nouvelles idées : tout ne fonctionne pas aussi bien à distance. C’est pourquoi il n’est pas question de réduire purement et simplement la mobilité mais plutôt, dans notre cas, de construire et renforcer des systèmes de transport transfrontaliers durables.

Informations sur le projet

« SuMo-Rhine – Favoriser la mobilité durable dans la région du Rhin Supérieur » bénéficie du soutien de l’Union européenne dans le cadre du projet Interreg-V Rhin Supérieur.

L’épidémie de coronavirus nous unit – et nous sépare. Elle nous unit parce que nous sommes tous confrontés à la même menace de ce nouveau virus dans toutes nos universités et que nous voyons de magnifiques coopérations hospitalières transfrontalières se développer. Elle nous sépare parce que les frontières entre nos pays ont été largement fermées et que les rencontres personnelles physiques au-delà des frontières ne sont pour le moment plus possibles. C’est pourquoi nous déclarons tous ensemble :

1) Ensemble, nous contribuerons à surmonter cette crise : nous le faisons en minimisant résolument le risque de propagation de l’infection dans nos universités. Nous le faisons en contribuant à la recherche médicale, principalement dans le cadre de notre axe prioritaire « Médecine personnalisée – médecine de précision ». Nous le faisons dans les hôpitaux universitaires de Bâle, Fribourg-en-Brisgau et Strasbourg dans l’intérêt des patientes et des patients. Nos pensées vont avant tout à toutes celles et tous ceux qui mènent des actions incroyables dans nos cliniques et autres établissements médicaux et de soins, qui font tout leur possible pour assurer les meilleurs soins dans cette crise. Au-delà, nous saluons aussi toutes les actions de solidarité et les dons de matériel en soutien aux hôpitaux effectués par nos universités et nos équipes. Au nom de nos universités, nous tenons à vous en remercier chaleureusement.

2) Nous maintiendrons notre coopération transfrontalière. Nous appelons tous les étudiants et étudiantes, chercheurs et chercheuses ainsi que tous les collaborateurs et collaboratrices de nos universités à poursuivre leurs collaborations binationales ou trinationales avec les moyens numériques. Mettez à profit les possibilités de l’enseignement numérique ! Rencontrez-vous par téléconférence et vidéoconférence !

3) Nous devrons faire face à de nouveaux défis à l’avenir. Les conséquences sociales et économiques de l’épidémie nous marqueront encore longtemps. En tant que groupement universitaire transfrontalier, nous assumerons notre responsabilité sociale et axerons nos enseignements et nos recherches sur les moyens permettant de surmonter la crise et ses conséquences.

Ensemble, nous sommes solidaires pour la science et pour les femmes et les hommes de notre région trinationale.

Les recteurs et rectrices, présidents et présidentes des universités membres d’Eucor – Le Campus européen.