Bienvenue à Fabian Michl, titulaire d'une chaire transfrontalière Eucor !

Fabian Michl, titulaire de la chaire transfrontalière Eucor

La Faculté de droit de l’Université de Fribourg-en-Brisgau a nommé Fabian Michl professeur de droit public. Sa chaire transfrontalière Eucor a pour objectif de renforcer les coopérations franco-allemandes au sein d'Eucor. Dans cet entretien, Fabian Michl explique comment il entend relever ce défi.

Qu’est-ce qui vous passionne dans vos recherches ?

Mes recherches portent principalement sur le droit constitutionnel, la théorie constitutionnelle et l’histoire constitutionnelle. Le droit constitutionnel est une branche du droit dynamique, étroitement liée au système politique et à ses défis actuels. L’association du droit constitutionnel avec ces deux disciplines fondamentales me permet non seulement d’analyser les évolutions constitutionnelles et politiques contemporaines, mais aussi de les replacer dans une perspective théorique et historique éclairée. Cette pluralité d’approches constitue pour moi un attrait particulier.

Quelles pistes de solution votre recherche apporte-t-elle aux défis du présent et de l’avenir ?

J’étudie actuellement avant tout la manière dont le droit peut contribuer au bon fonctionnement de la démocratie. Je m’intéresse à la façon dont les normes juridiques peuvent créer un cadre permettant la formation de majorités et la protection des minorités, dans lequel gouvernement et opposition se font face et où des décisions démocratiques peuvent finalement être prises. Lorsque l’on pense au droit, on met souvent l’accent sur sa fonction de limitation. Du point de vue démocratique, c’est toutefois précisément sa fonction habilitante qui m’intéresse, en tant que « droit de la démocratie ».

En tant que titulaire d’une chaire transfrontalière Eucor, vous collaborerez désormais avec l’Université de Strasbourg. Comment envisagez-vous cette coopération sur le plan scientifique ?

Les universités de Fribourg-en-Brisgau et de Strasbourg ont déjà mené à bien de nombreux projets dans le cadre du groupement universitaire « Eucor – Le Campus européen ». Parmi eux figure notamment un double master franco-allemand de deux ans en droit franco-allemand, suivi aussi bien par des étudiantes et étudiants allemands que français. Par ailleurs, la Faculté de droit dispose de l’École française de droit, où des enseignantes et enseignants de Strasbourg familiarisent très tôt les étudiantes et étudiants allemands avec le droit français. Je souhaite renforcer ces offres tout autant que les coopérations de recherche binationales. Le lien avec Strasbourg offre de nombreuses possibilités pour des recherches comparatives, mais aussi pour des questions relevant de la théorie et de l’histoire constitutionnelles. L’Alsace possède en effet un passé franco-allemand particulier, dans lequel le droit constitutionnel a toujours joué un rôle important. Le fait que la Cour européenne des droits de l’homme, qui statue sur des affaires provenant de 46 États, siège à Strasbourg constitue un attrait supplémentaire.

Quel message souhaitez-vous transmettre à vos étudiantes et étudiants, et qu’apportez-vous vous-même de l’enseignement ?

J’aimerais qu’ils prennent plaisir à étudier le droit. Cela suppose qu’ils s’intéressent réellement à cette discipline, ce qui n’est pas si difficile malgré la pression liée aux performances académiques. En effet, le droit et la science juridique touchent pratiquement tous les domaines importants de la vie politique et sociale. C’est pourquoi il vaut la peine d’assister également à des cours proposés par d’autres facultés et de profiter d’offres interdisciplinaires comme le Studium generale de Fribourg-en-Brisgau. Pour ma part, l’enseignement m’apporte avant tout une saine distance par rapport à mon objet de recherche. Les discussions en amphithéâtre montrent clairement que bien des choses pourraient être réglementées autrement. En remettant en question ce qui paraît aller de soi dans le droit en vigueur, les étudiantes et étudiants contribuent davantage à la réussite de mes recherches que la lecture de certains traités scientifiques.

Quels sujets vous occupent actuellement le plus, en dehors de vos recherches ?

Puisque les défis actuels de la démocratie font déjà partie de mes recherches, je dois donner une autre réponse : la transformation numérique des universités, et plus particulièrement la manière de gérer l’intelligence artificielle, entre engouement et déni. Je ne considère pas qu’il soit du rôle des études de droit d’enseigner aux futurs juristes l’art du « prompting ». Ils l’apprendront eux-mêmes plus rapidement que nous ne pourrions mettre en place un cours à ce sujet. Nous devons plutôt créer des espaces dans lesquels les étudiantes et étudiants continuent à réfléchir et à argumenter de manière autonome. La question de savoir comment préserver ces espaces face à l’apologétique de l’IA de notre époque, c’est-à-dire face à la tendance à minimiser les risques de l’intelligence artificielle, est actuellement ce qui me préoccupe le plus en dehors de mes recherches.

De quoi vous réjouissez-vous particulièrement à Fribourg-en-Brisgau ?

Des échanges avec les étudiantes, étudiants et chercheurs et chercheuses de ma propre discipline, mais aussi d’autres domaines. Ces échanges fonctionnent déjà très bien, car depuis mon bureau de la Werthmannstraße, j’ai non seulement une vue directe sur les bâtiments universitaires, mais aussi sur le restaurant universitaire.

Chaires transfrontalières au sein d'Eucor

Fabian Michl occupe l’une des quatre chaires transfrontalières actuellement en place au sein du groupement universitaire européen « Eucor – The European Campus », financées en grande partie par le ministère des Sciences, de la Recherche et des Arts du Bade-Wurtemberg (MWK). Aux côtés des trois chaires transfrontalières Eucor déjà établies au Karlsruher Institut für Technologie (KIT), Fabian Michl est le premier professeur transfrontalier à être rattaché à Fribourg-en-Brisgau. Ces chaires constituent des instruments stratégiques permettant au réseau Eucor d’ancrer plus solidement, sur les plans structurel et institutionnel, les coopérations bi- ou trinationales dans les domaines de la recherche et de l’enseignement. Le MWK finance pendant six ans cette chaire, portée conjointement par les universités de Fribourg-en-Brisgau et de Strasbourg. Celle-ci pérennise la coopération de longue date entre la Faculté de droit de Fribourg-en-Brisgau et son homologue strasbourgeoise. Elle vise également à renforcer l’axe prioritaire d’Eucor « European Identities », à développer de nouveaux projets et à élargir les initiatives existantes.

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